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les baby-boomers n’ont pas « ruiné la France » !

Bayrou cible les boomers et provoque un tollé

Mercredi 27 août, François Bayrou, Premier ministre et lui-même baby-boomer a suscité l’indignation en pointant du doigt « le confort des boomers qui (…) considèrent que tout va très bien » face à la dette publique colossale de la France. Sur TF1, il a laissé entendre que la génération née après-guerre serait en partie responsable du surendettement du pays, ce qui a immédiatement provoqué un tollé. Beaucoup ont perçu ces propos comme la désignation des retraités en boucs émissaires de la crise financière actuelle. Bayrou a tenté de se défendre le lendemain en affirmant que ses propos auraient été « déformés », mais le mal était fait : accuser les baby-boomers d’avoir « endetté le pays pour leur confort » est un message qui passe mal auprès de l’opinion.

Retraites et dette : un procès injuste et infondé
Cette accusation contre la génération baby-boom est non seulement choquante, mais aussi infondée. Certes, la France doit faire face à un problème de déficit et de dette, et les dépenses de retraites ont augmenté ces dernières années. Cependant, la cause principale de cette hausse n’est pas un soi-disant luxe indu dont jouiraient les retraités, mais le vieillissement de la population et l’arrivée à l’âge de la retraite des générations nombreuses du baby-boom. Autrement dit, c’est avant tout un phénomène démographique prévisible, plus de retraités pour moins d’actifs qui creuse le déficit des retraites, bien plus que le « confort » des seniors.

En réalité, les retraités ont même été relativement protégés de l’inflation récemment par l’indexation de leurs pensions sur les prix, et cette mesure a eu un coût pour l’État. Faut-il pour autant blâmer les retraités d’avoir cotisé toute leur vie et de bénéficier de pensions revalorisées pour maintenir leur pouvoir d’achat ? Les chiffres nuancent fortement le discours de François Bayrou. Ce dernier avait avancé en début d’année que les retraites représenteraient 50 % de l’endettement public accumulé en dix ans, un constat qualifié de « discutable » par les experts. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) et la Cour des comptes estiment par exemple le déficit du système de retraite à seulement quelques milliards par an (autour de 6 milliards d’euros en 2024, avant révision à 1,7 milliard). On est très loin de la « moitié » des 1 000 milliards de dettes publiques supplémentaires accumulées depuis 2017. En clair, faire porter aux baby-boomers le chapeau de la crise financière revient à occulter la majorité du problème et à simplifier à outrance.

Enfin, rappeler que les « boomers » ont « profité de l’aisance de l’après-guerre » n’autorise pas à oublier qu’ils sont aussi ceux qui ont travaillé durant les Trente Glorieuses, contribué à la richesse nationale et financé l’État-providence pendant des décennies. Beaucoup de seniors d’aujourd’hui ont connu des périodes de labeur intense et ont payé des impôts et cotisations toute leur vie. Les présenter comme des égoïstes inconscients de l’avenir de leurs enfants est une vision partiale et injuste. Si crise il y a, elle n’est pas le fruit d’une génération, mais de choix politiques plus larges.

Des choix gouvernementaux coûteux pointés du doigt
Plutôt que de chercher des boucs émissaires du côté des retraités, il serait plus juste de se pencher sur la responsabilité des gouvernements successifs dans la situation actuelle. La vérité, c’est que l’État a creusé la dette à coups de décisions budgétaires et de dépenses considérables souvent nécessaires, parfois discutables  dont l’ampleur dépasse de loin le coût des quelques avantages accordés aux retraités. Parmi ces décisions figurent :

  • Le “quoi qu’il en coûte” : Face à la pandémie de Covid-19, le gouvernement d’Emmanuel Macron a ouvert les vannes budgétaires pour éviter un effondrement économique. Cette politique assumée du « quoi qu’il en coûte » a sauvé des entreprises et des emplois, mais elle a un prix : environ 235 milliards d’euros injectés dans l’économie et ajoutés à la dette publique. Ce choix politique, sans doute justifié par l’urgence sanitaire, a lourdement pesé sur nos finances. Peut-on raisonnablement imputer ce surcroît de dette aux seuls retraités ? Bien sûr que non.
  • Les dépenses de l’Élysée et de l’État : Avant de faire la morale aux citoyens sur les sacrifices à consentir, l’exécutif ferait bien de balayer devant sa porte. Les dépenses de fonctionnement de la Présidence de la République ont explosé ces dernières années. En 2023, l’Élysée a dépensé 125,5 millions d’euros, soit 8,3 millions de plus que le budget prévu. Les fastueuses réceptions de dignitaires étrangers (475 000 € pour la visite du roi Charles III à Versailles, 412 000 € pour celle du Premier ministre indien au Louvre) illustrent un train de vie dispendieux. Le train de vie de l’État en général, déplacements présidentiels, organisation de grands événements, frais de représentation continue de coûter cher au contribuable. Ce gouvernement dépensier doit-il faire la leçon aux retraités sur le « confort » ? L’hypocrisie est flagrante.
  • Des milliards envoyés à l’étranger : Alors que la France peine à financer ses services publics et à résorber ses déficits, le gouvernement trouve malgré tout des fonds lorsqu’il s’agit de politique internationale. Un exemple frappant est l’aide massive allouée à l’Ukraine. Depuis l’invasion russe de 2022, la France a fait partie des plus gros contributeurs européens, avec plus de 7,5 milliards d’euros d’assistance financière accordés à Kiev. Rien qu’en mars 2025, le Président Macron a promis un supplément de 2 milliards d’euros d’aide militaire au gouvernement ukrainien. Bien sûr, soutenir l’Ukraine face à l’agression est un choix diplomatique et moral que l’on peut défendre. Mais il révèle une réalité budgétaire : lorsqu’une cause est jugée prioritaire, l’argent public est trouvé et dépensé en un temps record. Ces milliards déboursés à l’extérieur aussi légitimes soient-ils sur le plan géopolitique ne peuvent qu’interpeller quand, parallèlement, on prétend que la France n’aurait pas les moyens de ses propres politiques sociales ans ponctionner davantage les retraités.

En additionnant ces postes de dépenses, on constate que les causes de la dette sont multiples et, pour l’essentiel, décidées par l’État lui-même. Le surendettement de la France ne vient pas d’une génération vivant au-dessus de ses moyens, mais d’une accumulation de choix budgétaires nationaux : plans de relance à répétition, baisses de recettes fiscales à certains moments, dépenses de fonctionnement non maîtrisées, et urgence de crises successives (sanitaire, énergétique, sécuritaire). Blâmer les baby-boomers revient à détourner l’attention de ces réalités.

Ne pas se tromper de coupable
En désignant les baby-boomers comme responsables de la crise financière, François Bayrou fait fausse route et commet une injustice historique. La crise des finances publiques françaises est avant tout la conséquence de politiques menées par les gouvernements, y compris celui dont Bayrou fait partie, et d’une vision à court terme du budget. Plutôt que de monter les générations les unes contre les autres, nos dirigeants devraient assumer leurs choix et rechercher des solutions équitables. Oui, il faudra sans doute demander des efforts à tous pour redresser le pays, y compris aux retraités les plus aisés, comme Bayrou le suggère. Mais cet effort doit commencer par le haut : réduire le train de vie de l’État, lutter contre le gaspillage de l’argent public et revoir certaines dépenses non prioritaires.

Un discours ferme et lucide s’impose face à ce genre de déclarations clivantes. Non, les retraités d’aujourd’hui n’ont pas « ruiné » la France par égoïsme. Ce sont des décisions publiques successives, des dépenses mal contrôlées aux choix d’investissement discutables, qui ont conduit à la situation actuelle. Faire porter le fardeau moral de la dette sur une génération unique est non seulement erroné factuellement, mais dangereux pour la cohésion sociale. Au lieu de chercher des coupables faciles, exigeons de nos gouvernants qu’ils rendent des comptes sur leur gestion et qu’ils engagent les vraies réformes là où se trouvent les véritables gisements d’économies, sans opposer injustement les âges et les catégories de Français.

En somme, il est temps de refuser ces fausses accusations contre les baby-boomers et de rappeler une évidence : la responsabilité de la crise revient à ceux qui dirigent et orientent le pays. À eux de « se retrousser les manches » et de montrer l’exemple, au lieu de diviser pour mieux régner. Les Français, jeunes et moins jeunes, y gagneront en vérité et en justice.

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