
Un mois à peine après les élections municipales de 2026, plusieurs maires fraîchement élus ont généré la polémique en augmentant sensiblement leurs indemnités. Des cas très médiatisés (Soisy-sous-Montmorency, Montargis, Avignon, Bordeaux, Roubaix, Perpignan…) montrent des hausses de l’enveloppe mensuelle de 50 % à +170 %. Si les mairies invoquent l’application de la loi et des « majorations facultatives », l’opposition et les citoyens y voient surtout une démarche déconnectée du contexte d’austérité budgétaire. Sur fond de dette publique record (≈ 3 416 milliards € fin 2025, soit ~116 % du PIB ), ces réajustements nourrissent un débat national sur la moralité et la légitimité de tels choix financiers dans des communes souvent marquées par des difficultés sociales.
Chapeau : Les premiers conseils municipaux de 2026 ont été marqués par une décision désormais traditionnelle : la révision des indemnités des élus. Mais cette fois, les montants votés ont choqué l’opinion. Dans de nombreuses communes, des élus ont opté pour l’indemnité maximale autorisée – ou au moins très élevée, alors que le gouvernement martèle la nécessité d’économies. Le contraste soulève une question : comment justifier ces hausses « sur le dos des Français », en pleine crise de dette et de pouvoir d’achat ?!
Dans les locaux de la mairie, le maire écharpe tricolore sur l’épaule incarne l’autorité mais aussi ses avantages financiers. Chaque conseil municipal de début de mandat doit fixer le niveau des indemnités, selon un cadre légal rigide . Or, cette année, certains maires ont choisi de pousser les curseurs jusque très haut. À Soisy-sous-Montmorency (Val-d’Oise, 18 000 habitants), le maire Nicolas Naudet (DVD) a porté son indemnité de 1 506 € à 4 110 € brut mensuels (soit +173 % par rapport à son prédécesseur) . À Montargis (Loiret), le nouveau maire RN Côme Dunis a fixé la sienne à 2 700 € contre 1 500 € auparavant (+80 %) . À Avignon, Olivier Galzi (DVD) a pris soin de baisser de 14 % la sienne tout en augmentant celle de ses adjoints (+35 %, dont sa compagne) . Même à Bordeaux, le maire Renaissance Thomas Cazenave se paie 4 081,75 € (+14 % par rapport à son prédécesseur) . Ces exemples (extraits ci-dessous) illustrent l’ampleur des ajustements décidés :
- Soisy-sous-Montmorency (95) – Nicolas Naudet (DVD) : indemnité de +173 % (1 506 € → 4 110 €) .
- Montargis (45) – Côme Dunis (RN) : +80 % (1 500 € → 2 700 €) .
- Avignon (84) – Olivier Galzi (Divers droite) : –14 % (son indemnité) et +35 % (adjoints) .
- Bordeaux (33) – Thomas Cazenave (Renaissance) : +14 % (≈3 583 € → 4 082 €) .
- Roubaix (59) – David Guiraud (LFI) : +18 % (indemnité propre) .
- Châtelleraut (86) – Anne-Florence Bourat (PS) : indemnité de +60% (3.267 € → 5.261 €) .
Ces chiffres, confirmés par la presse locale et nationale, reprennent les montants figurant dans les délibérations municipales ou communiqués officiels. Chaque cas a sa particularité (majorations préfectorales, cumul de mandats antérieurs…), mais la tendance est nette : les nouveaux conseils municipaux ont quasiment tous choisi d’appliquer le plafond légal d’indemnisation

Notes: Montant brut mensuel. Les chiffres proviennent de comptes-rendus officiels et presse. Pour Avignon, le maire a réduit sa propre indemnité tandis que celle de ses adjoints augmente (montants estimés). Le cas de Perpignan (Aliot) a fait l’objet de critiques similaires après une nouvelle revalorisation.
Cadre légal et échéance obligatoire
La fixation des indemnités en début de mandat est encadrée par le Code général des collectivités territoriales. Le CGCT impose en effet au nouveau conseil municipal de voter ces indemnités « dans les trois mois suivant [son] installation » . L’objectif est d’assurer que chaque maire dispose de la rémunération adéquate en fonction de la taille de la commune. Toutefois, la loi limite strictement ces montants selon la population (huit échelons de paliers) . Des majorations complémentaires peuvent être votées pour des communes particularisées (ancien chef-lieu, préfecture, zones touristiques, etc.) . C’est cet arsenal légal qui explique en partie les hausses spectaculaires : en pratique, la plupart des nouveaux maires alignent leur indemnité sur le plafond maximal autorisé par la loi et les majorations permises. Le monde politique (y compris des élus de gauche et droite) rappelle que ces ajustements ne sont pas forcément « une augmentation personnelle » mais le rétablissement du niveau prévu par la loi, parfois baissé par le prédécesseur .
Par exemple, à Soisy-sous-Montmorency, la délibération du 2 avril 2026 détaille que le conseil a appliqué le barème légal plus deux majorations (15 % pour la commune ancien chef-lieu de canton, 22,37 % au titre de la dotation de solidarité urbaine) . Sans cela, l’indemnité de droit (pour une telle taille de commune) aurait pu atteindre 5 960,25 € selon l’indice maximal. Conscient de la controverse, le maire David Guiraud de Roubaix a insisté sur le fait qu’il avait malgré tout fait voter une baisse de 1 150 € de l’indemnité du maire (par rapport à la fourchette maximale) . Mais ce type de précaution n’est pas la norme et laisse souvent l’impression que l’enveloppe globale (maire+adjoints) augmente fortement.
Réactions citoyennes et polémiques
Ces décisions ont rapidement déclenché une vague de critiques. Les oppositions locales et les observateurs dénoncent un double discours : au niveau national, le Premier ministre rappelle « qu’il n’y a plus d’argent », tandis que certaines communes s’octroient de gros gains. Dans plusieurs conseils municipaux houleux, des citoyens ont fait part de leur exaspération. L’opposition soiséenne l’a résumé crûment : « C’est son pouvoir d’achat qui bondit de 173 % (…) Impossible de trouver un Soiséen qui ait eu une hausse de revenus de 173 % du jour au lendemain, sauf lui . Ce symbole négatif entretient la méfiance envers les élus. » À Châtellerault, un public dénonçait la « déconnexion totale » du nouvel élu qui, dans une ville où 24 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, a immédiatement augmenté son revenu. Sur les réseaux sociaux, la colère est parfois nourrie par la comparaison avec le maire de Tours (ville de 100 000 hab.) jugé mieux payé que ces nouveaux élus locaux.
Au Parlement et dans les médias, la polémique a même rebondi. Des députés socialistes ont proposé une enquête sur ces pratiques, tandis que l’Observatoire de l’éthique publique et l’Association des petites villes de France (APVF) insistent sur le fait qu’« il serait absurde que l’indemnité du maire soit inférieure au montant légal » . Certains politologues relativisent la « masse salariale » en disant qu’un maire doit aussi pouvoir vivre de son mandat . Néanmoins, dans l’opinion publique, ces augmentations sont souvent perçues comme un privilège injustifié en période de rigueur. La presse renchérit en évoquant le contraste avec les coupes dans les services publics locaux ou les hausses d’impôts prévus : « C’est comme s’ils se faisaient des économies sur notre dos », résume un habitant d’une commune concernée.
Contexte budgétaire national
La controverse s’inscrit dans un contexte financier tendu. La France n’a pas fini de résorber le record de sa dette publique (≈3 416 Md€ fin 2025, soit ~116 % du PIB ). Chaque décision budgétaire qu’elle soit nationale ou locale est scrutée à l’aune de cet endettement historique. Dans ce climat, le gouvernement a multiplié les signes d’austérité : gel des dotations aux collectivités, fiscalité de transition, coupes budgétaires dans certains ministères. Cela rend d’autant plus spectaculaire la situation locale où, symboliquement, des élus voient leurs revenus immediatement augmenter.
Derrière les querelles politiques, le problème est bien économique et social. Les budgets municipaux sont par ailleurs soumis à l’inflation et aux coûts nouveaux (énergie, subventions sociales, investissements). Les sommes gagnées par quelques élus souvent de l’ordre de quelques milliers d’euros par an restent modestes à l’échelle des finances publiques nationales. Mais psychologiquement, ces hausses alimentent une impression d’injustice : comment réduire le déficit national quand des élus locaux se rapprochent des indemnités maximales ? Dans certaines communes, la décision d’augmenter les traitements intervient alors que la Ville doit rationaliser ses dépenses d’accompagnement social, par exemple. Selon les experts, la sensation d’incohérence est accrue par le discours politique ambiant sur la « défense du pouvoir d’achat des Français » et la lutte contre « les privilèges ».




